DOSSIER: le bonheur de croire

La joie de la foi

Par Patrizia CIVETTA

Issue d’une famille catholique pratiquante, la foi a toujours été une évidence, quelque chose qui m’appartient, qui fait partie de mes origines et de ma culture. La pratique n’est pas toujours facile à combiner avec une vie quotidienne bien remplie dans une société qui demande davantage de prestations dans différents domaines.

Depuis une quinzaine d’années, je prends le temps pour vivre en plein la joie de donner aux autres. Chaque année je pars pendant un mois et demi à Calcutta pour faire du bénévolat chez les Sœurs de Mère Teresa.

Calcutta est comme un poing dans l’estomac : ça fait mal, même très mal. La première fois, tu as envie de fuir, fuir loin de cette ville chaotique, sale et où à chaque coin de rue tu es confrontée à la pauvreté. Sur les trottoirs, des hommes, des familles dorment à même le sol. Des quantités de chiens, de vaches, de chats vivent comme ils peuvent, se rassasiant de déchets trouvés. Mais partout dans la ville tu sens la présence de « Mère » Teresa. Elle est toujours partout à Calcutta. Des statues de Mère Teresa surgissent partout dans les embouteillages et sa photo s'étale sur les murs des cafés Internet, des magasins, des librairies à travers la ville.

Mother House, maison-mère de Mère Teresa, lieu où est géré l’ordre des missionnaires de la Charité, est le premier lieu que je visite en arrivant à Calcutta. Mère Teresa a vécu ici de 1953 jusqu’à sa mort en 1997 et sa tombe est installée dans une pièce du rez-de-chaussée. Au premier étage il y a l’église avec une statue de Mère Teresa. La vie d’un bénévole n’est pas toujours facile mais elle nourrit la foi et donne une joie indescriptible.

Chaque matin le réveil sonne à cinq heures : je fais la route de Sudder Street vers l’AJC Bose Road pour rejoindre Mother House. A six heures je participe à la messe avec les autres bénévoles, les Sœurs et les Novices. Les chants des Sœurs révèlent une profonde joie, la joie d’être au service des plus pauvres et d’être au service de Dieu. Cette joie me donne la force pour affronter la journée de travail.

Après la messe, je partage le petit-déjeuner avec d’autres bénévoles du monde entier. A 7 heures du matin, chacun d’entre eux se dirige vers plusieurs maisons de soins autour de Kolkata, y compris Nirmal Hriday (maison pour les mourants), Prem Dan (pour les malades et les malades mentaux) et Shishu Bhavan (pour les enfants orphelins).

De mon côté, je pars en direction de Shanti Dan, une maison qui accueille 200 femmes, qui sont atteintes de maladies mentales, qui ont été violées, battues ou abandonnées dans la rue.

La journée de travail commence en faisant la lessive : les Sœurs changent les vêtements des femmes une fois par jour. Il n’y a pas de machine à laver (bon réflexe écologique) et tout se fait à la main.

Après une brève pause thé les bénévoles se dédient aux femmes : donner un bain, laver les cheveux, faire un massage ou leur mettre du vernis à ongles sont des petits gestes que les femmes apprécient beaucoup. La langue de communication avec elles sont les sourires et les gestes mais quand il y a l’amour et la joie de partager, on se comprend. Les femmes, dont la plupart n’a jamais étés scolarisées découvrent le plaisir de dessiner, de colorier, d’apprendre à chanter, de danser. Et dans les couloirs de Shanti Dan résonnent les chansons de quatre coins du monde.

Parfois on vit des situations difficiles : des femmes qui meurent, des jeunes filles violées qui donnent vie à des enfants qui sont souvent donnés en adoption, des femmes qui arrivent avec le visage défiguré par l’acide qui leur a été jeté comme punition par leur mari ou par la famille.

Sans le soutien de la foi, je n’aurais pas le courage de regarder dans les yeux une femme dont une partie du visage n’existe plus à cause de l’acide et je n’aurais pas le courage de prendre sa main dans mes mains.

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