ACTU D'EGLISE

Quelques réflexions autour de la question de la pédophilie dans l’Eglise

Abbé Etienne MAYENCE

Tout d’abord, il est bon de rappeler que la pédophilie a sans doute toujours existé. Elle n’a pas toujours été condamnée. (...)

Aujourd’hui, on se rend compte des dégâts que cela cause dans la vie des enfants. La parole se libère, des tabous tombent. Les victimes parlent et expriment toute leur souffrance. Et donc, nous pouvons dire que la situation d’aujourd’hui qui, à juste titre nous scandalise, est une avancée considérable par rapport au passé. Il y a toujours eu de la pédophilie. Mais elle était soit acceptée, soit niée, soit couvert par silence. Et donc la dénonciation publique de cette déviation est à mon avis, un progrès moral fondamental.

La pédophilie est une déviance que l’on rencontre dans tous les milieux. C’est d’abord dans les familles que ce drame vécu. Toutes les situations que je connais, ce sont des enfants qui ont été abusés par un de leurs proches. Ils en ont été marqués à vie. Certains se sont suicidés. D’autres en ont connus toute leur vie des ennuis de santé inguérissables.

Mais pour nous, chrétiens et prêtres, la révélation des abus commis par des prêtres, voire des évêques, nous bouleverse, nous fait mal et peut-être demandons-nous : comment est-ce possible? C’est d’autant plus grave que le statut d’autorité a été utilisé pour dominer et faire du tort. Depuis quelque temps, le pape François met en garde vigoureusement contre ce qu’il appelle le cléricalisme. C’est-à-dire l’utilisation de son statut clérical, pour dominer, pour écraser, pour abuser de la confiance de la victime. Il a raison. C’est le pape Benoît XVI qui a pris conscience du problème. Mais nous ne pouvons qu’admirer le courage et la ténacité de notre pape François qui a eu l’audace de prendre le problème à bras-le-corps. Pour préparer la rencontre des présidents des conférences épiscopales, il leur a demandé de préparer la rencontre en se mettant à l’écoute des victimes. Et la rencontre de Rome a commencé par l’écoute émouvante et impressionnante du témoignage de quelques victimes venues des 4 coins de la planète.

Peut-être pensons-nous que les médias ne font pas dans la dentelle et ne ménagent pas notre Eglise. Peut-être. Mais je crois qu’une des raisons, c’est qu’on découvre avec stupéfaction que l’Eglise qui, bien souvent a fait la morale sur ces questions et qui s’est présenté en championne de la vertu, est, elle aussi, traversée par ce fléau. Je crois que cela nous invite à être humble et modeste et reconnaître que notre Eglise, comme nous-mêmes d’ailleurs, qui essayons d’être témoins de l’Evangile, nous sommes aussi traversé par le mal.

Je voudrais à nouveau souligner le courage du pape François. Il a dû vaincre bien des résistances. Et je tiens à souligner aussi que l’Eglise catholique est la seule institution fait ce travail de vérité. Il y a là les mêmes problèmes dans d’autres lieux, que ce soit dans les clubs de sport, que ce soit dans des mouvements de jeunesse non chrétien, que ce soit dans les familles. Mais grâce au pape François, Ie travail de vérité et de conversion est proposé avec force et ténacité à toute notre Eglise. Nous pouvons le remercier. Puisse ce travail de vérité réalisée par notre Eglise aboutir à une conversion et aussi à susciter le même travail dans d’autres lieux.

Le pape François nous a invités à prier. Prions pour les victimes : qu’elles soient aidées à se reconstruire. Prions pour les abuseurs qu’ils reconnaissent leur faute et qu’ils acceptent de se faire accompagner.

L’image de l’Eglise souffre. Mais l’Eglise, c’est aussi vous, c’est moi, c’est chacun d’entre nous. Les épreuves peuvent décourager et écraser. Le pape François, permettez-moi d’encore le citer, dit : « Attention à l’essoufflement de l’espérance ». Mais les épreuves peuvent aussi faire grandir. Nous ne devons jamais désespérer. Ces épreuves que traverse l’Eglise doivent nous stimuler, chacun d’entre nous, à être plus fidèle à l’Évangile, à mettre plus résolument nos pas dans les pas de Jésus. L’Eglise, l’évangile, le visage de Dieu est entre nos mains. À nous de ne pas les défigurer. Que cette crise que traverse notre Eglise nous provoque à une solidarité plus vive avec toutes les victimes, quelles qu’elles soient. Que nous soyons avec l’aide de Dieu des semeurs de vie, de bonheur, d’espérance et de fraternité.

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