SPIRITUALITE

Battus ou en résurrections ?

Par Philippe DUPRIEZ

Depuis la prise en considération du « Bonheur » dans le programme annuel 2018-2019, avez-vous remarqué la tendance exponentielle de prise de pouvoir de « l’Intelligence artificielle » qui s’est inscrite dans la conduite systématisée de la société ? Ce qu’on pouvait encore croire marginal et le dada d’un certain milieu de scientifiques s’insère à présent dans toutes les strates de l’organisation de la vie en commun.

L’homme devrait, pour bien être, tenir à la maîtrise de la mécanique, mais celle-ci poursuit son chemin, fait progression fulgurante, largement sans préoccupation éthique. Cette mécanique développe ou détruit, sans état d’âme. Il semble que l’homme est aujourd’hui en perte de bataille et qu’il n’a qu’à suivre un dictat de cette mécanique qui reçoit une série de noms d’obédience numérique !

Marie-des-Neiges Ruffo, philosophe professeure aux Universités de Namur et de Lille, s’exprime de façon intéressante à ce propos : « Les robots ont-ils rendu l’humanité obsolète ? Les métiers les plus divers sont aujourd’hui menacés de disparaître, ou, tout au moins, risquent de ne plus être exercés par des humains. Que vous soyez médecin, caissière, voire prêtre bouddhiste, la robotique a prévu une solution de remplacement pour vous. » Et encore : « Dans le fond, l’agir moral était peut-être ce qui nous différenciait le plus profondément de l’animal, et le déléguer au robot revenait (revient) à avilir les buts humains. Si nous perdons cet objectif d’agir moralement nous-mêmes, peut-être perdrions-nous aussi notre but proprement humain et donc notre dignité ? » Si la machine peut effectuer certaines tâches mieux que nous, nous ne pouvons toutefois pas déléguer notre devoir moral.

A mon avis c’est dans cette configuration terrestre, de quelque génération qu’on soit, que Dieu vient créer du projet plutôt que du progrès comme s’en convainc l’homme dominateur. Le projet de Dieu, éthique, se superposera au progrès, et il incitera au regard libre, à une communauté libre, à une tendresse libre. Pied à pied en bataille il réorientera les évolutions submersibles des cerveaux, étant pour sa part insubmersible : Aimer, communier, partager en tout temps et quels que soient les progrès ou les affirmations bloquées par des groupes en refus de toutes évolutions.

Osons croire que l’intelligence artificielle si phénoménale soit-elle ne cessera pas d’être nouvelle et autant répétitivement obsolète et dépassée. Venons et consolidons en preuve indestructible l’émergence du cœur qui peut se maintenir et s’élargir jusqu’aux confins de la terre et s’illuminant dans l’éternel de la vie.

Antoine de Saint-Exupéry écrivait pour sa part : « Il n’y a qu’un seul problème de par le monde. Rendre aux hommes une signification spirituelle, des inquiétudes spirituelles. Faire pleuvoir sur eux quelque chose qui ressemble à un chant grégorien…, redécouvrir qu’il existe une vie de l’esprit plus haute encore que la vie de l’intelligence. »

Prenons le temps de méditer à partir de quelques passages bibliques. L’Evangile particulièrement, sans être une réponse couperet, ne doit pas nous laisser indifférents ; Il se développe au milieu des contradictions et des conflits et il est une force garante de l’élargissement qui est demandé à nos esprits et nos cœurs pour être une génération dans le coup, entrant dans le mystère de la Vie plus large que les mécaniques de la roue qui ne cesse de tourner. Mettons-nous sans hésiter au service d’une ère nouvelle :

 

Matthieu 5, 1-12 : Il y a comme en tant de circonstances une bouffée d’air bienfaisante dans cette péricope qui laisse transpirer l’ouverture du Christ à toutes les circonstances de la vie, dont « heureux les artisans de paix …, heureux les persécutés pour la justice …, votre récompense sera grande dans les cieux. »

On pourrait aussi s’arrêter sur le récit vétérotestamentaire de Daniel jeté dans la fournaise et que le feu objectivement réel n’atteint pas et qui n’a pas le dernier mot car une autre force, la foi, le remet à son juste métier.

Je propose d’ouvrir nos bibles et de nous arrêter davantage sur quelques pages de l’Evangile selon Saint Jean pour ne pas nous disperser. Que les quelques références prises au fil des pages soient des poteaux de route qui émergent dans les circonstances et les conditions de la vie, donc pourquoi pas aussi dans la génération de la robotique qui est nôtre.

Jean 3, 3-8 : « … en vérité, à moins de naître d’en haut, nul ne peut voir le Royaume de Dieu … le vent tu entends sa voix mais tu ne sais pas d’où il vient, ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit »

Jean 12, 20-26 : « Quelques Grecs, de ceux qui montaient pour adorer pendant la fête s’avancèrent vers Philippe … et ils lui firent cette demande : Seigneur, nous voulons voir Jésus … Jésus répond aux disciples : Voici venue l’heure où doit être glorifié le Fils de l’homme. En vérité je vous le dis, si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul. Mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. »

Jean 14, 1-3, 8 suiv.  : « Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures … je vais vous préparer une place … je vous prendrai près de moi, afin que là où je suis, vous aussi, vous soyez. Et du lieu où je vais, vous savez le chemin … Dès à présent vous connaissez le Père et vous l’avez vu. Philippe lui dit : Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit. … Philippe, qui m’a vu a vu le Père … Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ?

Jean 18, 33-38 : Pilate appela Jésus et dit « Tu es le roi des Juifs ? … Jésus répondit : Mon royaume n’est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes gens auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Mais mon royaume n’est pas d’ici. »

Notre ancien premier ministre Mark Eyskens, entre autres passionné d’éthique disait il y a peu : « L’homme est un processus évolutif et continu …Le divin, c’est une force surnaturelle, qui n’est pas dans la nature (un fait scientifique). Dieu est inséparable de l’homme et inversement … La force divine fait que nous résistons. Dans résurrection, il y a l’idée d’insurrection. Dieu est un verbe, une force avec laquelle il faut agir pour améliorer le monde.

Non pas battus par les vents divers mais en ère nouvelle de résurrections, tel peut être notre engagement. Ce temps n’est pas du temps perdu ! Que nos esprits soient en éveil !

Pour conclure, « le vrai intellectuel utilise pour réfléchir autant son cœur que son cerveau, » écrit la chroniqueuse Florence Richter. Voilà de la saveur, nous voilà sur le tracé du bonheur.

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