DOSSIER: le bonheur de croire

« La Joie de croire » pour le peuple haïtien :

Denise et Jean-François témoignent

 

1- Carte d’Haïti pour situer les projets soutenus par notre asbl dans les domaines suivants : Culture – Santé -  Education & Droit des Femmes – Changements Climatiques – Tourisme solidaire et durable.

2.  « Croire » en Haïti : En quoi ? En qui ?

Pour les Haïtiens, la question n’est pas simplement celle de la « croyance » en un autre monde, mais surtout de la « confiance » dans ce qui les aide à se tenir dans l’existence, et aussi de « l’espérance » qu’ils ne sont pas abandonnés dans leur chaos. En d’autres termes, la confiance en la « Puissance » qui les tient en vie aujourd’hui. Pour ce qui est de « l’au-delà », l’Haïtien croit qu’on ne meurt jamais. On part pour le grand voyage retrouver notre famille. On reste toujours en liens. Le monde visible et le monde invisible cohabitent en parfaite harmonie.

La question essentielle qui se pose est donc celle-ci : vu ses conditions de vie très difficiles, à quoi s’accroche le peuple haïtien pour tenir bon ? Nous allons vous présenter les 12 « points d’appui » qui permettent aux Haïtiens de « croire » que la vie vaut la peine d’être vécue.

1. L’Espoir au-delà de tout.
C’est une vraie énigme : au regard des conditions sociales, politiques, économiques et climatiques très difficiles, comment expliquer la force de vie qui anime les Haïtiens ? En effet, ils ne se découragent jamais quels que soient les obstacles et les difficultés qui se dressent sur leur chemin. Demain sera meilleur, se disent-ils. Pour cela, les Haïtiens misent beaucoup sur la famille. C’est que la famille nombreuse est porteuse d’espoir. Alors, on fait beaucoup d’enfants. On considère l’enfant comme un cadeau du ciel. Mais c’est surtout des bras en plus pour soulager dans les tâches quotidiennes. Avec l’espoir que l’un d’entre eux va la sortir de la crasse, de la misère. « Une confiance absolue », profondément biblique. On ne pense pas au suicide, sauf de très rares exceptions. Pas de déprime. On se trousse les manches dès le lever du soleil pour faire face à la dureté de la vie, pour trouver de quoi  manger, et quand le soir tombera un endroit pour passer la nuit. Et sans oublier un brin de propreté corporelle pour maintenir le moral.

2. La Solidarité.
La solidarité constitue un solide rempart contre la grande misère. « Si je partage le peu que j’ai, j’aurai toujours en retour quelque chose à manger ». La solidarité se concrétise dans le « combite », à savoir que tous les gens d’un même village s’entraident à tour de rôle pour réaliser les travaux de toutes sortes : constructions, semailles, récoltes, bêcher les champs etc. Cet esprit de solidarité fait qu’on n’est jamais seul. Les problèmes sont résolus collectivement. C’est une des expressions de l’économie solidaire et circulaire.

3. L’Hospitalité ou l’Accueil
L’hospitalité est une des valeurs clés de la population haïtienne. L’étranger est Roi. Il a droit à un traitement privilégié. Pour lui, on met les petits plats dans les grands. On ne lui donne pas les choses dont on veut se débarrasser. On lui laisse le lit et aussi la chambre, s’il y en a une. On couche par terre pour cela. Car, c’est un honneur qu’un étranger vienne jusque chez lui. C’est un devoir de bien prendre soin de lui. Pas question de l’assaillir de questions. Il est là. On l’accueille. On lui adresse un regard bienveillant et on fait tout pour le mettre en confiance. La culture vaudou respecte l’étranger. Car, les Haïtiens savent qu’ils sont eux-mêmes étrangers sur la « Terre des Indiens Arawaks ». La culture vaudou perpétue en partie la tradition des Indiens, les premiers habitants de la terre d’Haïti (Kiskeya ou Bohio).

4. L’Humour.
L’humour fait partie même de la culture haïtienne. On rit de bon cœur et très fort. Un rire qui vient des tripes. Ce qui procure une sensation de bien-être. On raconte des histoires, des blagues, des devinettes, des contes, surtout dans les campagnes et les villes de province. On rit à toutes les occasions, au travail aussi quand on a la chance d’en avoir un. Des fous rires partout. Le rire constitue une manière de résister et d’affronter la vie en toute légèreté. C’est la première chose qu’une mère apprend à ses enfants. On sait que le rire ouvre les portes, aide à  traverser les épreuves, déclenche l’hormone du bonheur, nous fait nous recentrer sur nous-même pour aller à la rencontre de l’autre.

5. La philosophie de vie à l’haïtienne.
La culture haïtienne fournit aux Haïtiens des expressions ou des proverbes qui englobent toutes les situations de la vie quotidienne. Ce sont des expressions incarnées qui aident à vivre et à avancer. Ce sont de petits slogans comme des mantras qu’on se répètent en fonction de la situation. « Paressé pa manjé mantèg » (le paresseux ne peut pas avoir de quoi manger). « Tété pa jam trop lourd pour maitre li  »  (les seins ne sont jamais trop lourds pour celle qui les porte). « Koté gin chèn pa gin kou » ( là où il y a des tours de cou en or, il n’y a pas de cou pour les porter). « Pito nou laid min nou là» ( Mieux vaut être estropié ou laid, mais être vivant).  

Les paysan n’accumulent pas de richesses, ni de biens matériels. Ils n’ont pas de compte en banque. Ils consomment juste ce que l’aujourd’hui leur offre dans leurs champs ou sur le marché. Pas de frigos. On vit de peu. Priorité à l’aujourd’hui. Demain est un autre jour. Adieu donc l’anxiété et l’angoisse du lendemain.

6. L’Innovation, la création
A cause des conditions de vie misérables, la majorité des Haïtiens doivent innover chaque jour pour vivre. Il n’y pas de stabilité, ni de sécurité. Tous les moyens sont bons, même la ruse. En fonction des circonstances, ils changent de quartier, de métier, de peau. Ils font des petits boulots là où ils en trouvent. Ils inventent leur métier. Ce sont des aventuriers du travail nomade. Quant aux enfants, ils créent eux-mêmes leurs jouets dont ils apprennent les techniques de fabrication dès leur plus jeune âge.

Puisqu’il est difficile de vivre sur le sol d’Haïti, le peuple haïtien traverse les mers vers des pays qui offrent de meilleures conditions de vie. Il n’a pas peur de franchir les frontières, de faire le deuil de tout ce qu’il a connu pour commencer une nouvelle vie. Profondément biblique : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, et va vers le pays que je te montrerai. ». Il n’a pas peur du changement. Les Haïtiens sont des éternels recommençants de par leur histoire. Sur place, en Haïti, c’est au quotidien, la culture de l’effort et de la persévérance. L’esprit de résilience. Les femmes marchent des km et des km avec leur marchandise sur la tête pour aller au marché. Pour les plus fortunées, à dos d’âne ou de mulet ou à moto. Les enfants aussi marchent des heures pour aller à l’école. C’est la mobilité douce. Même si c’est forcé !

7. La Débrouillardise
Comment vivre quand on n’a pas de revenu ? Pas de travail ? Alors, c’est la débrouillardise. On fait des petits boulots au quotidien. Pour rappel, 80% de la population est au chômage sans allocation. Pas de Sécurité sociale. Alors la personne qui travaille ou qui possède des terres fait vivre 15 à 20 personnes ou plus selon la quantité de terre ou la qualité du travail.

8. L’Accueil des émotions
On apprend à accueillir ses émotions dès le plus jeune âge. On exprime spontanément ses joies comme ses souffrances. On pleure, qu’on soit garçon ou fille. Lors des funérailles, tout le monde pleure. Au clair de lune, on danse et on chante ensemble. Et la grande période de joie et de défoulement, c’est le carnaval. On laisse éclater sa joie, on danse avec tout son corps : hommes, femmes, enfants. On se déguise en famille. Lors des décisions importantes à prendre, on consulte les adultes, les parents, les amis même si on reste le seul maître des ses décisions. Une partie de la peur et de l’angoisse est maîtrisée. Ainsi, on se sent porté, soutenu. Les grands moments de la vie sont rythmés.

9. Le Vaudou
Le vodou est une religion animiste. Le Panthéon vodouesque est peuplé de multiples Divinités : Agwé, Ogou, Erzuli Danto, Les Gédés, Erzuli Freda, Gran Bwa, Papa Legba, Papa Loko, Simbi, Zaka, Aïda Wèdo, Damballa… sans compter les différentes Lwa (divinités) africaines et créoles, les « bakas et les diables » qui sont des esprits malfaisants… Chaque vodouisant a son « met tête » ou divinité personnelle : il la considère comme son protecteur contre les mauvais sorts et il doit lui faire des offrandes régulières pour l’apaiser, la rendre bienveillante et obtenir sa protection. En plus, il doit acheter chez le hougan ou la mambo des « pwen » ou « éléments de protection » pour se protéger, protéger sa famille, ses biens etc…Le vodouisant croit que les divinités vodou donnent du pouvoir et de la puissance.  
Notons que dans le vodou, homme et femme sont égaux et ont accès à tous les niveaux de pouvoir, moyennant l’initiation.
Les Divinités et Esprits vodouesques occupent tout le champ de vie et d’action des vodouisants : les arbres, les rivières, les plantations, les naissances et les morts, les déplacements…. La culture vodou imprègne toute la culture haïtienne : la musique, les rythmes, les danses, les chants, la peinture, la sculpture, la poésie, l’écriture de Vèvès (desseins symboliques), les sculptures dans les cimetières…Ce qui a fait dire à André Malreaux, lors de sa visite en Haïti, que « le peuple haïtien est un peuple d’artistes ». L’Art naïf haïtien est connu dans le monde entier.
Le vodou sert à la fois d’instrument de lutte contre les injustices sociales et aussi d’instrument de justice personnelle: on se fait justice soi-même puisqu’on ne peut avoir confiance en l’Institution Judiciaire. C’est aussi une religion du secret. Une fois qu’on est initié (hounsi), le secret est la règle d’or. Max Beauvoir ( Bio  Chimiste) était un Hougan très connu : il était membre de l’Académie Haïtienne. Mme Carole de Lynche, écrivaine et chercheuse aux USA, est aussi prêtresse vaudou.  Laennec Hourbon,  Docteur en Sociologue et Chercheur à la Sorbonne Paris, a écrit un beau livre sur ce sujet : les «  Mystères du Vaudou ». Ils sont les personnages de référence dans ce domaine et sont reconnus internationalement.

La transmission de la culture et de la religion vodou se fait dans les familles. A noter que les pratiques vodouesques concernent toutes les couches de la population, même si les Haïtiens se disent chrétiens. Car, leur religion était interdite du temps de la colonisation. L’ex-Président Jean-Bertrand Aristide a accordé aux prêtres vaudou le même statut que celui reconnu aux prêtres catholiques. C’est une double culture. Peu d’Haïtiens adhèrent à une seule religion.

10. L’Environnement, la Nature
L’environnement joue un grand rôle pour le peuple haïtien. Malheureusement, à cause de ses conditions misérables de vie, l’Haïtien détruit son environnement en coupant les arbres pour faire du charbon de bois. Pourtant le vaudou exhorte à vivre en harmonie avec la nature. Les vodouisants font leur cérémonie dans les arbres, les rivières, les sources d’eau et la mer.  La tradition vodou est profondément liée à la nature, à travers la terre, le feu, l’eau et les arbres. Mais, l’équilibre est difficile. Car, il n’y a aucune politique gouvernementale pour la protection de l’environnement.

11. Les héros du Passé
Les héros du passé restent une Valeur refuge, une Fierté pour l’Haïtien. Oui, nous avons fait l’histoire. Nous avons lutté les armes à la main pour conquérir notre Indépendance, mais la France a exigé le paiement d’une lourde somme pour la reconnaître. Cela n’a pas cassé le courage des Haïtiens.  Haïti plie, mais ne se cassera pas. C’est comme un roseau. Notre Diaspora est partout dans le monde. Nous sommes connus dans le monde entier. Nous ne sommes pas seuls. Nous avons participé à la libération de l’Amérique Latine. Mais, nous restons profondément divisés et incapables de nous libérer nous-mêmes. Un grand travail d’Education reste à faire au sein du peuple haïtien. Car, les conditions politiques, sociales et économiques ont fait fuir tous les intellectuels du Pays. Sans oublier que la main invisible des grandes Puissances continue de tirer les ficelles.

12. La Transmission
On transmet des valeurs, de génération en génération, surtout chez les paysans qui constituent 85% de la population :

La langue créole
Les marchés créoles
Les jardins créoles et l’élevage Bio, La pêche traditionnelle
Les danses traditionnelles (congo, Ibo, Yervalou, chacha, calipso, contredanse, meringue, pot-pourri, jumba, koymayoyo), Les chants traditionnels, L’Art, la Musique, le foot-ball, les « gagueres » (lieu où se font les combats de coqs), l’écriture, la broderie, la couture, la cuisine
Le carnaval, le rara, le culte des morts ou danses « guédé », les rituels sacrés
L’art de « battre le tambour »  avec ses différents rythmes
Le chemin des sources, des rivières et des grottes
Transmission des savoirs vaudous, interdits pendant la colonisation
Transmission du secret des plantes médicinales
Transmission des savoirs techniques pour l’agriculture et l’apiculture
L’interprétation des rêves

En conclusion, on peut dire que le Bonheur a toujours un goût amer pour l’Haïtien. C’est qu’il doit se battre au quotidien pour sa subsistance et sa survie. Mais il sait qu’il ne se bat pas tout seul. Il sait qu’il peut compter sur l’un ou l’autre de ces 12 points d’appui. Alors, une foi inébranlable en la vie pousse les Haïtiens à s’organiser dans les campagnes pour faire naître une Haïti nouvelle. Parce qu’il faut tenir bon, comme ils disent, « kimbé pas lagé », tenir sans jamais rien lâcher. Sans jamais lâcher prise. Tenir bon malgré tout. Envers et contre tout. On ne sait jamais ce que  la vie réserve. Il faut donc tenir bon pour être là, debout, quand le Ciel fera tomber sa manne bienfaisante.

 

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Editeur responsable : Jean-François Decoste

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