DOSSIER: le bonheur de croire

Est-ce que ma foi en tant que musulmane contribue à mon bonheur personnel ?

Une lettre de Naima YAACOUBI, à Brigitte Dayez

Chère Brigitte, en tant que femme musulmane je tiens à te prévenir que dans ma réponse à ta question, il faudrait laisser un peu d'espace à une partie de mon parcours personnel, duquel tu es au courant.

Il faut savoir qu' une femme de confession musulmane et de culture arabe, par rapport à ses droits, finit par se rendre compte qu'elle fait partie du malheureux trio (les minorités, les enfants et la femme) dont les droits sont les plus bafoués dans la société arabe, que ce soit via ses lois religieuses ou civiles.

Après avoir grandi dans une famille conservatrice qui a pris le soin de choisir pour moi quelles études suivre à l'université – « sciences islamiques »  – et m'a imposé de mettre le voile à l'âge de neuf ans, je peux te dire que parler du bonheur en combinaison avec la foi ou la religion, ce n'est pas un sujet sexy !

J'ai pris le temps pendant sept longues années de bien faire le tour des pensées islamiques et de ses différents courants pour arriver à la conclusion suivante : il est difficile de s'épanouir dans une religion qui encadre et intervient dans les moindres détails de la vie quotidienne du croyant, depuis qu'il se réveille le matin en faisant la première prière (Alfagr) jusqu'à ce qu'il ait fini sa journée en faisant sa dernière prière (Alichae), pour la bonne et simple règle imposée par les Imams : dans l'islam le croyant doit se soumettre à la charia.

A l'âge de 37 ans j'ai décidé de tout quitter en quête du bonheur et je me suis posé la question en inversant la règle : et si ma religion, l'Islam, se soumettait à mes besoin et mes souhaits en tant qu'être humain et en tant que femme, afin de me permettre d'atteindre ce bonheur ?

Et tu connais la suite, Brigitte, qui continue encore aujourd’hui et qui est de poser les questions de la manière suivante :
Quel espace de liberté le Coran offre-t-il à l’être humain pour choisir sa foi, sa religion ? La réponse est rassurante puisque le 1/4 de l'ensemble des versets défend ce principe comme un droit fondamental
La question suivante : à quel point le Coran reconnaît-il la diversité confessionnelle et est-il prêt à vivre avec, sans prétendre à une supériorité quelconque lui permettant d'écraser les droits et les composants de la société civile reconnus par toute l'humanité ?
Et là encore la réponse était différente de ce qu'on m'a appris à l'école ou à l'université.

Chère Brigitte, les questions sont nombreuses et le sujet est vaste comme tu le sais, mais la recherche continue et le bonheur s’agrandit jour après jour. La lumière de l'amour gagne de plus en plus de territoire et la paix remportera sa victoire tôt ou tard.

C'est ainsi que je tiens le cap et j'espère que ces quelques lignes répondent à une partie de ta grande question… Je reste à ta disposition.

Bien à toi,

Naima Yaakoubi

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