DOSSIER: le bonheur de croire

Evangeli Gaudium : la joie, mais pas un bonheur facile !

Par Isabelle LOSSEAU

Pour le thème de « bonheur, liberté et religion » il m’a paru opportun de parler de l’exhortation Apostolique « Evangeli Gaudium ». Et en la parcourant, on voit tout de suite que le Pape ne parle pas d’un bonheur facile !

Certes cette exhortation apostolique commence par une affirmation : « La joie de l’Évangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus. Ceux qui se laissent sauver par lui sont libérés du péché, de la tristesse, du vide intérieur, de l’isolement. Avec Jésus Christ la joie naît et renaît toujours. » (1)

C’est une joie qui se renouvelle et se communique mais « elle s’adapte et se transforme, et elle demeure toujours au moins comme un rayon de lumière qui naît de la certitude personnelle d’être infiniment aimé, au-delà de tout. (6)

Mais cette conviction engage le chrétien, et le pape continue son exhortation en se montrant critique vis-à-vis du fonctionnement actuel de l’Église et de la société en général. Il dénonce des dérives et communique des pistes pour un vivre ensemble plus harmonieux. Il encourage les chrétiens à être une Église en sortie, une Église aux portes ouvertes, une Église accueillante.
Il s’oppose à une économie de l’exclusion, à l’argent qui gouverne au lieu de servir, à la disparité sociale qui engendre la violence. Par contre , il nous propose de nous immerger dans le courant nouveau de la communication en étant optimiste : « De nos jours, alors que les réseaux et les instruments de la communication humaine ont atteint un niveau de développement inédit, nous ressentons la nécessité de découvrir et de transmettre la “mystique” de vivre ensemble, de se mélanger, de se rencontrer, de se prendre dans les bras, de se soutenir, de participer à cette marée un peu chaotique qui peut se transformer en une véritable expérience de fraternité, en une caravane solidaire, en un saint pèlerinage. Ainsi, les plus grandes possibilités de communication se transformeront en plus grandes possibilités de rencontre et de solidarité entre tous. Si nous pouvions suivre ce chemin, ce serait une très bonne chose, très régénératrice, très libératrice, très génératrice d’espérance ! Sortir de soi-même pour s’unir aux autres fait du bien. S’enfermer sur soi-même signifie goûter au venin amer de l’immanence, et en tout choix égoïste que nous faisons, l’humanité aura le dessous. » (87)

Le pape lie aussi évangélisation et société en renvoyant au compendium de la doctrine sociale de l’Église (184), en ciblant l’intégration sociale des pauvres et la recherche de la paix et du dialogue social. Pour lui cet engagement social est la condition de survie des communautés chrétiennes : « Toute communauté de l’Église, dans la mesure où elle prétend rester tranquille sans se préoccuper de manière créative et sans coopérer avec efficacité pour que les pauvres vivent avec dignité et pour l’intégration de tous, court aussi le risque de la dissolution, même si elle parle de thèmes sociaux ou critique les gouvernements. Elle finira facilement par être dépassée par la mondanité spirituelle, dissimulée sous des pratiques religieuses, avec des réunions infécondes ou des discours vides. »

Il s’émerveille devant « les villes qui dépassent la méfiance malsaine et intègrent ceux qui sont différents, et qui font de cette intégration un nouveau facteur de développement ! Comme elles sont belles les villes qui, même dans leur architecture, sont remplies d’espaces qui regroupent, mettent en relation et favorisent la reconnaissance de l’autre ! » (210)
Et la recherche de la paix ne peut se comprendre sans recherche de la justice « une paix qui n’est pas le fruit du développement intégral de tous n’aura pas d’avenir et sera toujours semence de nouveaux conflits et de diverses formes de violence. » (219).

Il propose 4 principes qui orientent le développement de la cohabitation sociale et la construction d’un peuple (217-237).

- « Le temps est supérieur à l’espace :  Ce principe permet de travailler à long terme, sans être obsédé par les résultats immédiats. Il aide à supporter avec patience les situations difficiles et adverses, ou les changements des plans qu’impose le dynamisme de la réalité. »

- « L’unité prévaut sur le conflit : il y a une voie, la mieux adaptée, de se situer face à un conflit. C’est d’accepter de supporter le conflit, de le résoudre et de le transformer en un maillon d’un nouveau processus ».

- « La réalité est plus importante que l’idée : Cela suppose d’éviter diverses manières d’occulter la réalité : les purismes angéliques, les totalitarismes du relativisme, les nominalismes déclaratifs, les projets plus formels que réels, les fondamentalismes anti-historiques, les éthiques sans bonté, les intellectualismes sans sagesse. »

- « Le tout est supérieur à la partie, Par conséquent, on ne doit pas être trop obsédé par des questions limitées et particulières. Il faut toujours élargir le regard pour reconnaître un bien plus grand qui sera bénéfique à tous. »

Le pape fait également une grande place aux dialogues de toutes sortes :
Le dialogue entre la foi, la raison et les sciences:  « La foi ne craint pas la raison; au contraire elle la cherche et lui fait confiance, parce que « la lumière de la raison et celle de la foi viennent toutes deux de Dieu», [191] et ne peuvent se contredire entre elles. L’évangélisation est attentive aux avancées scientifiques pour les éclairer de la lumière de la foi et de la loi naturelle, de manière à ce qu’elles respectent toujours la centralité et la valeur suprême de la personne humaine en toutes les phases de son existence. » (242)
Le dialogue œcuménique: « Nous devons toujours nous rappeler que nous sommes pèlerins, et que nous pérégrinons ensemble. Pour cela il faut confier son cœur au compagnon de route sans méfiance, et viser avant tout ce que nous cherchons : la paix dans le visage de l’unique Dieu. À cette lumière, l’œcuménisme est un apport à l’unité de la famille humaine. » (244) 
Les relations avec le judaïsme. « Dieu continue à œuvrer dans le peuple de la première Alliance et fait naître des trésors de sagesse qui jaillissent de sa rencontre avec la Parole divine. Pour cela, l’Église aussi s’enrichit lorsqu’elle recueille les valeurs du Judaïsme. » (249)
Le dialogue interreligieux. « Une attitude d’ouverture en vérité et dans l’amour doit caractériser le dialogue avec les croyants des religions non chrétiennes, malgré les divers obstacles et les difficultés, en particulier les fondamentalismes des deux parties. Ce dialogue interreligieux est une condition nécessaire pour la paix dans le monde, et par conséquent est un devoir pour les chrétiens, comme pour les autres communautés religieuses. » (250)
Le dialogue social dans un contexte de liberté religieuse. Le Pape souligne que : « Les Pères synodaux ont rappelé l’importance du respect de la liberté religieuse, considérée comme un droit humain fondamental. Elle comprend « la liberté de choisir la religion que l’on estime vraie et de manifester publiquement sa propre croyance. » (255)

Dans le chapitre 3, Le Pape s’adresse aussi plus particulièrement aux prêtres en insistant sur la préparation des Homélies qu’il conçoit comme étant un lieu de dialogue entre Dieu et son peuple par l’intermédiaire du pasteur. (141) Il leur recommande la brièveté ! (138)

Et son dernier chapitre le Pape fait une belle place à l’action du Saint Esprit : « L’Esprit Saint, de plus, infuse la force pour annoncer la nouveauté de l’Évangile avec audace, (parresia), à voix haute, en tout temps et en tout lieu, même à contre-courant. » (259).
Il insiste sur une façon d’être missionnaire : « Seul celui qui se sent porté à chercher le bien du prochain, et désire le bonheur des autres, peut être missionnaire. Cette ouverture du cœur est source de bonheur, car « il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir » (272) et termine son exhortation par une prière à Marie : « …Obtiens-nous maintenant une nouvelle ardeur de ressuscités pour porter à tous l’Évangile de la vie qui triomphe de la mort. 
Donne-nous la sainte audace de chercher de nouvelles voies pour que parvienne à tous 
le don de la beauté qui ne se ternit pas… »

Cette exhortation apostolique a 5 ans, mais elle reste d’une actualité criante… à lire ou à relire. Source : La joie de l’Evangile avec introduction par Mgr Jean Pierre Delville (éditions Fidélité)

Archive: 
Pas archivé