la feuille de route pour l'annnée 2020-2021 est à découvrir

THEME D'ANNEE  2020-2021:   ÊTRE CHRETIEN AUJOURD’HUI ?
Introduction 

« Qu’il me baise d’un baiser de sa bouche » !  Cette étonnante invitation n’est pas le refrain d’une chanson d’amour interprétée par une star du show-business, mais bien la traduction du premier verset du Cantique des cantiques que les moines chantent durant l’office. (Osculetur me osculo oris sui). Certes, le fait qu’il soit en latin atténue quelque peu le trouble que nous pouvons ressentir en entendant cette invitation, mais la mélodie grégorienne n’en demeure pas moins saisissante et semble épouser les courbes d’une sensualité envoûtante. En le dissimulant aux moralistes sourcilleux, l’écrin du latin a permis de sauvegarder ces trésors spirituels qui, aujourd’hui encore, nous révèlent une dimension inédite du christianisme. »
Guillaume Jedrzejczak, Trappiste, in L’extraordinaire originalité du Christianisme, éd. Salvator, p.83

Notre brochure d’année propose 6 entrées pour cerner l’objectif « Être chrétien aujourd’hui » !  Nous pourrions nous demander si cela a encore du sens dans une société qui s’émancipe à un rythme où tous les repères anciens deviennent eaux mortes. Mais oublierions-nous que toutes eaux s’imprègnent dans le sol ou s’évaporent, donnant lieu à des réhabilitations ?  Est-il malséant que nos jeunes générations ne parlent et ne vibrent plus comme ceux et celles qui les ont précédés ?

Acceptons de discerner et de nous étonner favorablement : les nouvelles générations parlent et s’interrogent par diverses attitudes sur le sens de leur vie à venir. Les plus âgés en font autant, par exemple sur le sens de leur mort qui approche, hors ou avec pandémie. C’est que dans la vie les humains quels qu’ils soient se positionnent d’une façon ou l’autre vis-à-vis de la foi à partir de leurs intimes préoccupations.

La foi a connu des développements divers, elle a été et elle est bien ou mal accueillie, ferme ou fragile, structurée ou échevelée, raisonnée ou émotive, en vérité ou détournée. La foi nous questionne comme aucune religion ou philosophie ne le fait, la foi dans la société du moment est assaillie par les questionnements. C’est bien de quoi nous sentir poussés à rendre mieux compte de ce qu’est « être chrétien aujourd’hui ».

Agréons-nous par exemple que la façon de vivre le christianisme dans la société européenne qui est nôtre, progressivement en distanciation des spiritualités religieuses conventionnelles, n’est pas la même que dans la grande majorité des peuples pour qui être religieux va de soi ?  Pour être chrétien ici, n’est-il pas essentiel de prendre à bras le corps ce dans quoi nous vivons ?

Ne nous braquons pas sur nos constructions d’antan qui un jour s’écroulent comme ce l’a été pour tant d’autres au fil des siècles !  Osant nous dynamiser dans la foi, le christianisme ne peut-il pas prendre si joyeuse vigueur, en nous et en faveur des autres ?  A nous, par mission, de le nourrir pour notre temps et ô combien au centre de nos fragilités.

Donnons à l’Esprit Saint voix au chapitre. Il saura comment nous émonder, il veillera à trancher ce qui en nous est mort et inutile, il nous donnera d’apprécier les richesses des cœurs de tous ordres. Reconnaissons que Dieu multiple, « Père, Fils, Esprit » est au plus intime de nous-mêmes, nous qui « homme, femme », « société européenne judéo-chrétienne, sociétés de l’accueil par tant d’autres expériences » sommes, à son authentique ressemblance, aussi d’une facture multiple. Allons au cours de nos 6 interpellations de l’année, en quête de l’arc-en-ciel qui unit la terre au ciel, l’être de chair et l’être de sublimité.

Abbé Philippe Dupriez, aumônier national de l’ACi

Archive: 
Pas archivé