DOSSIER: être femme politique

Femmes et Politique

Interview de Clotilde Nyssens, par Brigitte Dayez

Ce matin, dans le cadre d’une interview personnelle, j’ai eu l’occasion de poser à Clotilde Nyssens trois questions concernant la place des femmes dans la vie politique.

1. Y a-t-il une difficulté particulière à faire de la politique quand on est une femme ?

Clotilde : oui, en ce sens que, par tempérament ou par éducation, la femme est moins portée que l’homme à s’intéresser à la chose publique, et à se passionner pour des enjeux collectifs. Pour elle, les problèmes se posent localement, concrètement.

Les femmes n’aiment pas se battre pour occuper un poste qu’elles envisagent non comme une prise de pouvoir, mais comme un service. Les hommes, par contre, cherchent souvent en politique à obtenir ou à garder du pouvoir et ils sont prêts à tout pour y parvenir.

A côté de cela, les femmes estiment souvent qu’elles n’ont pas la capacité d’être efficaces sur la scène politique, et que ce type d’engagement leur est inaccessible. De plus, elles se méfient de toutes cérébralisation et elles refusent d’envisager les problèmes de manière abstraite.

La politique demande de prendre souvent la parole en public pour se faire connaître et défendre ses idées. Or, l’éducation des femmes ne les a pas habituées à prendre ainsi la parole. Elles considèrent souvent qu’elles n’ont rien à dire de vraiment intéressant, alors elles se taisent…

A côté d’hommes qui s’affirment, parlent haut, fort et très clairement, elles éprouvent un sentiment d’infériorité ! Celui-ci est non justifié, car le contenu de ce qui est dit par les hommes n’est pas plus intelligent que ce qu’elles pourraient dire ! C’est que pour elles, beaucoup de choses défendues en assemblée paraissent à leurs yeux tout à fait évidentes !

Une autre difficulté pour les femmes c’est que l’engagement politique demande beaucoup d’énergie, et que dans ce domaine la femme est moins bien dotée que l’homme.

A cela s’ajoute la question du temps : l’engagement politique est chronophage. Il est passionnant enivrant même, mais il peut vous happer complètement ; on peut y consacrer sept jours sur sept et y passer ses soirées en réunions ! Or une femme qui travaille professionnellement et qui a des enfants n’a plus une minute à consacrer à une tâche en dehors de chez elle !

2. Cette remarque nous amène à la seconde question : est-ce difficile de concilier son rôle de mère avec celui de politicienne ?

Clotilde a répondu que la répartition du temps répond à un choix de valeurs. Il est possible de concilier les deux, mais il faut absolument organiser son horaire de façon à consacrer des moments à sa vie de famille et les préserver de façon drastique.

Il faut aussi apprendre à déléguer des tâches que d’autres peuvent faire aussi bien que vous-même ! Mais se faire aider entraîne des frais, c’est un obstacle important pour les femmes qui connaissent des difficultés financières. Le rôle du père est également très important. Il faut lui laisser vraiment la liberté de le remplir ! Il y a là un gain pour les enfants et une aide efficace rendue à leur mère, aide qui lui donne plus de temps libre.

Un partage authentique des tâches libère donc du temps pour les engagements de la femme, mais il faut rester vigilent ! Beaucoup de familles de femmes politiciennes éclatent par manque de disponibilité de la mère et de l’épouse. C’est tous les jours qu’il faut choisir, et tous les jours qu’il faut mettre des limites !

3. Pour finir, j’ai demandé à Clotilde ce qu’elle pensait de l’obligation de la parité dans les listes.

Ce n’est pas facile à respecter a-t-elle répondu. On trouve moins de candidates que de candidats. Cependant, cette foi est une très bonne chose, car elle pousse un plus grand nombre de femmes à s’engager à l’extérieur de chez elles et à s’intéresser à la chose publique.

On est passé en peu de temps de l’obligation d’un tiers à celle de 50 % pour arriver bientôt à celle de l’alternance dans les listes. Il faut que les femmes y figurent en bonne place pour être effectivement élues. Cette obligation a peut-être comme effet pervers de prendre quelqu’un uniquement sur base de son sexe et de rendre plus facile pour les femmes l’obtention d’un poste. Mais globalement, c’est un mouvement pour une situation meilleure, et un jour, ce ne sera plus nécessaire d’imposer des quotas. Les femmes auront alors prouvé qu’elles avaient leur place dans le monde politique comme elles l’ont prouvé dans la vie professionnelle.

Partout, elles doivent se faire respecter en tant que femmes et dans tous les aspects de leur féminité. Comme elles ont une sensibilité plus grande à la qualité de la vie privée, elles sont capables d’imposer dans l’espace politique des lois susceptibles de l’améliorer.

Tout ce qui touche au temps de travail, à l’éducation, à la santé, à la petite enfance relève aussi de leurs compétences propres. Ainsi, en participant à la vie politique, elles enrichiront le monde dur et impitoyable des hommes, passionnés par le pouvoir et l’argent, car elles apportent une vision plus humaine et relationnelle de la vie.

Mais les choses changent déjà … les nouveaux pères remplissent beaucoup mieux qu’autrefois leur rôle, et les femmes modernes qui travaillent professionnellement et ont pris leur place dans l’espace public, participent davantage à la vie politique.

Clotilde a terminé l’entretien par une réflexion sur l’immigration. Pour les personnes d’origine étrangère, la participation à la vie politique représente une promotion sociale. Elles s’y engagent donc volontiers, avec le support enthousiaste de leur communauté d’origine. Il est bon pour le pays qu’elles le fassent, à condition d’y être formées ! Ce qu’elles acceptent en général. Malgré les difficultés à gérer la diversité communautaire, nous marchons ainsi ensemble vers une meilleure gouvernance du pays.

Voici le compte rendu d’une entrevue intéressante qui a de quoi nous faire pas mal réfléchir !

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