Dossier: citoyenneté et projets de société

Quand il faut pallier les manquements de nos gouvernements

Par Marie-Pierre JADIN

On entend beaucoup parler des mouvements citoyens d'accueil des migrants. Tous les soirs, quelques centaines de Soudanais, Érythréens, Éthiopiens, Syriens… se retrouvent au Parc Maximilien, près de la gare du Nord à Bruxelles, dans l'attente de trouver un endroit où dormir. Tous les soirs, un petit groupe de bénévoles coordonne l'accueil et le transport de ces gens, vers des foyers de Belges qui disposent d'un peu de place, d'un peu de temps, d'un peu d'humanité, cette humanité dont parle si bien Théo Francken…

Comment fonctionne la Plateforme ? Elle est coordonnée de main de maître par quelques bénévoles : ceux-ci sont présents tous les soirs au Parc Maximilien, entre 19h et minuit, 1h, voire 2h du matin ; ils attendent les migrants, ceux qui sont à Bruxelles durant la journée, dans l'attente soit d'être reçus à l'office des étrangers, soit de trouver un camion ou un bus qui les emmènera vers l'Eldorado promis, l'Angleterre. Ces migrants arrivent donc dans la soirée et sont répartis pour la nuit dans des foyers de Belges. Au départ, c'était surtout des Bruxellois qui accueillaient, mais de plus en plus les autres provinces s'y sont mises.

En tant que citoyen, chacun peut s'impliquer à son niveau. D'ailleurs la Plateforme compte pas moins de 30.000 membres. Tous ne sont pas actifs, mais solidaires, curieux ou intéressés peuvent joindre ce beau mouvement également.

Parmi les citoyens les plus actifs, il y a les chauffeurs et les hébergeurs : les premiers viennent chercher des hôtes pour les conduire chez les seconds. Il semble un peu risqué de leur faire prendre les transports en commun, car s'ils sont contrôlés, beaucoup d'entre eux n'ont pas de titre de séjour valable et risquent donc de se faire embarquer dans un centre fermé, d'où ils seront soit relâchés, soit renvoyés vers leur pays d'origine, soit renvoyés vers le premier pays européen qui les a accueillis (souvent l'Italie), en application de l'accord de Dublin. Or, la plupart d'entre eux espère pouvoir passer en Angleterre, pays dont ils parlent (parfois) la langue, ou bien où ils ont de la famille, ou bien où ils espèrent trouver facilement du travail et obtenir un titre de séjour.

Donc des chauffeurs font des navettes dans Bruxelles et à l'extérieur. Beaucoup d'entre eux sont des personnes qui utilisent leur voiture pour leur boulot, et se proposent pour véhiculer ces migrants. Cela leur occasionne un petit détour mais l'occasion d'aider est trop belle.

Il y a aussi des personnes qui stockent des vêtements ou des vivres, à destination des migrants, car souvent ils perdent, cassent ou on leur confisque le peu dont ils disposent. Des maraîchers et des boulangers, proposent leurs invendus du jour ou de la semaine, et des stocks sont ainsi gérés un peu partout en Wallonie et à Bruxelles. Idem pour les produits d'hygiène, les sacs de couchage, les smartphones si utiles pour garder le contact avec « le pays »...

Tous ces gens forment un réseau incroyable de solidarité, de rencontre, de découverte d'autres cultures, d'amitié. Sur le blog www.perlesdaccueil.be, ce sont des centaines de témoignages d'accueillants qui sont publiés depuis le mois de septembre. Ils en disent bien plus que tout ce que pourrait raconter cet article.

A côté de cela, Théo Francken jubile en disant que tout est sous contrôle, qu'il fallait éviter que Bruxelles ne devienne un deuxième Calais, que le gouvernement a pris les mesures nécessaires... Mais en réalité, depuis le mois de septembre, le Parc Maximilien serait devenu une vraie jungle, en plein coeur de la ville, si les citoyens de la plateforme ne s'étaient pas mobilisés pour accueillir chaque soir ces 300-400 personnes. L'estimation est que depuis septembre, pas moins de 50.000 nuitées ont été offertes.

Tous les citoyens de la plateforme, sans exception, se souviendront de l'indifférence du gouvernement face à cette crise, qui n'est pas une crise migratoire mais bien une crise de l'accueil. Tous se souviendront, au moment de voter, que certains membres de ce gouvernement n'ont pas hésité à collaborer avec un dictateur qui torture ses ressortissants.

Et même si pour eux les nuits sont très courtes, même s'il faut recommencer chaque soir le même boulot, les bénévoles les plus engagés de la plateforme savent qu'ils peuvent dormir sur leurs deux oreilles quand tout le monde est logé, à l'abri, au chaud, en sécurité, et non plus dans la « jungle » du Parc Maximilien de Bruxelles, capitale d'une Europe qui de plus en plus se replie sur elle-même.

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