Dossier: citoyenneté et projets de société

Noël tous les jours pour les réfugiés

Cet Edito de Christian LAPORTE a paru dans la Libre Belgique quelques jours après Noël. Il nous a été envoyé par l'association Sant'Egidio, à qui nous avions demandé un article à propos de son projet de « couloirs humanitaires », qui permettrait aux personnes qui fuient leurs pays en guerre (Syriens, Africains) de rejoindre de manière sûre d'autres pays, sans avoir à traverser au péril de leur vie la Méditerranée ou les Alpes.

« Pour deux familles libanaises, la fête de Noël est passée de la perspective la plus noire de l’absence de tout futur à l’espoir d’une (re)naissance… Quoiqu’en aient pensé certains esprits étroits qui y ont décelé de la retape cultuelle, du prosélytisme douteux, le projet de couloirs humanitaires de la communauté de Sant’Egidio commence à porter ses fruits puisque ces familles ont été chaleureusement accueillies tantôt en Belgique francophone, tantôt en Belgique néerlandophone et si l’une a été reçue à bras ouverts dans un environnement catholique, l’autre l’a été par des fidèles protestants. Un retour aux sources de Noël qu’on a aussi perçu dans bien des messages religieux. Nous connaissons tous des curés du bas de l’échelle qui se démènent sans compter pour accueillir l’Autre… mais au sommet de l’Église, on ne fuit pas ses responsabilités. Lors de toutes ses prises de paroles, le pape François, ci-devant petit-fils d’immigrés italiens parti chercher un peu de bonheur en Amérique latine, a retapé sur le clou de l’accueil des réfugiés. Avec lui, il y a une réelle volonté d’implication qui l’a amené parfois contre l’avis de son entourage à aller vers les demandeurs d’asile à Lampedusa, Lesbos ou simplement à Rome, aux portes du Vatican. Il l’a dit lors de la messe de minuit et dans son message urbi et orbi.

L’Église de Belgique n’est pas à la traîne… Le cardinal De Kesel, nullement naïf, a reconnu que tout ne peut pas se faire de manière incontrôlée et qu’il faut travailler à des solutions à long terme dans les pays d’origine, mais les chrétiens et les hommes et les femmes tout court manqueraient d’humanité s’ils n’accueillaient pas toutes ces personnes en fuite. Tout logiquement, le primat de l’Église de Belgique a demandé qu’elles soient reconnues dans leur dignité. Non sans insister sur le fait que ce ne sont pas des papiers qui, en premier lieu, leur octroient cette dignité. En fait, elle leur est indissociable. Car ce sont des personnes.

On ose penser que le message ne restera pas au pied de la crèche mais que, dans les mois à venir, le monde politique aussi en fera un de ses chevaux de bataille. Et on se prend à rêver que ce sera Noël tous les jours comme dans le joli chant d’Odette Vercruysse entendu lors des veillées de dimanche… »

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