Dossier: citoyenneté et projets de société

Ungersheim, village en transition

Par Marie-Pierre JADIN

Jean-Claude Mensch, maire du village de Ungersheim en Alsace, est venu donner une conférence à Louvain-la-Neuve et à Wavre, en novembre dernier.

La commune de Ungersheim est au centre du film Qu'est-ce qu'on attend ? de Marie-Monique Robin, sorti sur nos écrans au mois de novembre 2016. Le film a été présenté par certains comme une suite du film Demain, car il nous fait visiter un village en transition, où les habitants tentent, à la suite de leur maire, d'appliquer de façon très concrète les grands principes qui sont développés dans Demain.

Ungersheim est un village situé dans l'agglomération de Mulhouse. Il compte 2400 habitants. Durant longtemps, les mines de potasse ont fait vivre toute la région. Je suis moi-même un ancien mineur, dit Monsieur Mensch. Quand on a su que les mines allaient fermer, on a anticipé, de sorte que la reconversion s'est plutôt bien passée.

C'est pareil à l'échelle de la planète, on sait qu'on n'aura bientôt plus de pétrole, donc on doit songer à sortir de cette économie du pétrole.

Deux siècles de progrès technologiques ont détruit des millénaires d'équilibre écologique1. Nous ne devons pas culpabiliser, mais savoir que l'on a détruit beaucoup de choses. On ne peut pas se résigner non plus. On doit avoir le désir de construire un avenir meilleur, où le lien social est essentiel.

La transition est un concept initié par Rob Hopkins, sur base d'un constat : on est dans une phase descendante d'extraction du pétrole, de l'uranium, du cobalt. Alors que les besoins croissent et les populations aussi. Quelles seraient les solutions ? Il faut se mettre ensemble, avoir des modes de vie plus reliés, plus fraternels.

Des techniques existent pour consommer local, pour utiliser des énergies douces, mais il est tout aussi important de pratiquer la reliance, l'amour.

Même le Pape François a embrayé : son encyclique engage à la transition sociale, écologique, économique. On passe du choc des civilisations vers une fraternité des cultures. Les valeurs humaines chaleureuses doivent imprégner toutes les valeurs.

Produire de la nourriture demande de l'énergie. Nous sommes dépendants des grands producteurs d'énergie. Notre système de production et de surconsommation n'est pas durable dans ce monde fini.

Cette surconsommation et ce gaspillage entraînent des flux migratoires à la recherche de nourritures. Car l'épuisement des terres et le dérèglement climatique sont bien réels !

 

La transition s'avère inéluctable, il faut bousculer le dogme de la croissance.

21 actions ont été initiées sur la commune de Ungersheim. Je pratique la politique du colibri, qui s'inscrit dans la démarche suivante : si on fait sa part, les choses changeront. Le pouvoir du consommateur peut faire basculer les choses.

Voici pour notre commune les 3 piliers de la transition :

- autonomie intellectuelle

- indépendance énergétique

- souveraineté alimentaire

 

Les actions au sein de la commune de Ungersheim sont cohérentes, transversales et concrètes.

1. Autonomie intellectuelle

Il faut sortir du formatage. (on est des consommateurs dépendants de la pub), de la pensée unique, du politiquement correct, etc. Nous voulons impliquer, responsabiliser les citoyens.

Nous voulons privilégier le partage des savoirs, des savoir-faire ; de ce fait-là, ils augmentent.

Actions :

- démocratie participative : nos assemblées sont régies par une charte ; nous avons des conseils participatifs ouverts, un conseil des sages, un jury citoyen, un conseil des enfants.

- Nous avons mis sur pied des chantiers citoyens, participatifs Cela se termine souvent par un repas, c'est très important pour la convivialité.

- Notre commune est engagée vis-à-vis de producteurs du Sud, nous privilégions le commerce équitable et sommes soucieux de la paix et de la faim dans le monde.

- Nous avons élaboré une cartographie de la faune et de la flore locales. Nous avons soustrait des terrains constructibles pour les réhabiliter en zones agricoles.

- Nous privilégions non pas l'aménagement du territoire, mais le ménagement du territoire !

- Il n'y a pas de supermarché dans le village, mais des producteurs locaux qui proposent leurs légumes et leurs fruits.

- Nous avons aussi créé une monnaie locale, le radis. Cela dynamise l'économie locale, circulaire, et permet d'encourager des échanges plus conviviaux.

Ce n'est pas facile. On est confrontés aux habitudes, au confort, au conformisme.

 

2. Indépendance énergétique

- Avec les écoliers, nous avons réalisé un cadastre des toits pour accueillir l'énergie solaire.

- Nous avons placé des panneaux solaires pour chauffer la piscine, couplés à une chaufferie au bois pour la piscine, le centre scolaire, les espaces culturels et sportifs. La consommation d'énergie dans les bâtiments publics a diminué de 40 %

- Nous avons installé un parc photovoltaïque= 5,3 MW. L'installation des panneaux a été réalisé sur toiture, et 9 bâtiments sont conçus pour accueillir des entreprises. 8 entreprises se sont installées et pourvoient de l'emploi à 60 personnes. Cela couvre la consommation de 7500 habitants. Nous visons l'autonomie énergétique en électricité pour 2020.

- Une campagne d'économie d'énergie dans les bâtiments publics de la commune a provoqué une diminution de 20 % de la consommation.

- 0 pesticide et engrais chimique sur les terrains communaux.

- Nos produits d'entretien sont écologiques.

- Nous avons remplacé un véhicule utilitaire en fin de vie par un cheval. Le ramassage des détritus est fait avec deux chevaux. Nous avons aussi pourvu la commune en véhicules électriques

- La réalisation d'un éco-hameau est en cours : 9 maisons passives et bientôt 15 nouvelles – ossature bois ou paille – Mieux vivre ensemble

 

3. Souveraineté alimentaire

- Les jardins du trèfle rouge : c'est une exploitation maraîchère bio + chantier d'insertion – 800 hectares de terres agricoles (céréales + maïs) – 8 hectares de terres communales – 30 emplois (25 en insertion et 5 encadrants)

- Création d'une régie municipale agricole - Expérimentations en permaculture

- Création d'une filière sociale : « De la graine à l'assiette ».

- Création d'une légumerie/ conserverie

- Création d'une cuisine collective bio – travailleurs en insertion

- Bâtiments à énergie positive – micro-brasserie/malterie et pressoir à fruits.

- Épicerie en vrac participative et solidaire.

- Maison des natures et des cultures (la « Ferme du Kohlacker », qui malheureusement venait de brûler au moment où M. Mensch est venu faire sa conférence)

Cet engagement citoyen représente 20 % de la population, et reste donc minoritaire.

Mais cela a permis d'éviter le rejet de 600 tonnes de gaz à effet de serre ; cela a généré 600.000 € de recettes nouvelles produites par les investissements. Les impôts communaux sont restés équivalents depuis 2005. 30 nouveaux emplois ont été créés depuis 2011.

« L'exemple n'est pas le meilleur moyen de convaincre, c'est le seul » (Gandhi)

Si vous avez l'occasion de voir le film Qu'est-ce qu'on attend ?, je vous le recommande. Monsieur Mensch est quelqu'un de lumineux, sa personnalité engage à l'enthousiasme et à l'optimisme. Ce qu'il mène comme action est encourageant. Un exemple à suivre pour nos hommes et femmes politiques...

1Cf le cri d'alarme de 15000 scientifiques paru dans le Monde du 14 novembre 2017.

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