SPIRITUALITE

« Quand Israël crie vers son Dieu » 1 … et nous aujourd’hui ?

Par Béatrice PIERARD-CAPELLE

Dans son très beau livre, dont j’ai repris le titre, Jacques Vermeylen nous prévient :  « Les psaumes n’ont pas été écrits par des chrétiens, et ils ne forment pas en soi une prière chrétienne. Non seulement on n’y parle pas de Jésus-Christ, mais on y trouve des sentiments peu compatibles avec l’esprit évangélique2…». Ce n’est donc pas dans une prière facile que l’on s’engage mais dans une prière d’Église, « la prière de toujours de la tradition judéo-chrétienne » : « Prier les psaumes, c’est accepter d’entrer dans une Tradition ecclésiale. (…) Il semble que le Psautier fut le livre de la prière chrétienne depuis le début, au moins à Jérusalem, comme il fut d’ailleurs la prière de Jésus. Pour les chrétiens, reprendre cette prière à leur compte, c’est refuser de réduire leur foi à leur seul élan personnel, pour l’inscrire dans un vaste mouvement qui les précède … »3. Sans doute, le style excessif, lyrique, n’est-il pas celui que nous, occidentaux, adopterions spontanément et peut-il rebuter certains. Il est bon d’aborder le psautier avec « une attitude de dépossession, d’humilité et d’ouverture »4 car il touche à ce que l’homme a de plus profond.

Entrer dans la prière par les psaumes, c’est entrer dans une vie de compagnonnage avec Dieu, avec les hommes. C’est s’unir à un être vivant, un être comme vous et moi, qui peut être anéanti par la souffrance, par des questions de mort, et qui gémit ou crie vers son Dieu, mais qui peut aussi rebondir, reprendre confiance en la vie, chanter le bonheur présent, et qui Lui en rend grâce. Au fil de ces cent cinquante petits poèmes, de ces « cent cinquante marches érigées entre la mort et la vie », comme le dit André Chouraqui, nos yeux peuvent contempler des réalités actuelles, car les sentiments humains, beaux ou moins beaux, mêmes millénaires, sont toujours actuels. Par les psaumes, ces sentiments humains, quels qu’ils soient, deviennent terreau de prière. A travers le chant des Anciens, qui rappelle à Dieu la longue histoire de son peuple, c’est tout notre être de désir qui est invité à se projeter dans la paix et la confiance, même au cœur de la tourmente : « C’est ta face, Seigneur, que je cherche, ne me cache pas ta face » (Ps 26 /27). « Dès l’aube, je te désire, mon âme a soif de Toi, ma chair languit après Toi dans une terre desséchée, épuisée, sans eau. » (Ps 62/63). L’être humain est un être de relation, à l’image de son Dieu, qui l’invite à la découverte d’un amour toujours plus profond, bien ancré toutefois dans les réalités humaines : « Ecoute mon peuple, je parle. Tends l’oreille aux paroles de ma bouche… »(Ps 77/78), car si Dieu l’inspire, c’est à l’homme d’agir, de faire des choix , de distinguer le bien du mal :  « Montre-moi, Seigneur, ton chemin et conduis-moi sur une bonne route malgré ceux qui me guettent » (Ps 27/26) , et encore : « Je me suis conduit selon ta vérité . Je n’ai pas été m’asseoir chez des imposteurs, (…) chez des impies… »(Ps 26/25)

Ne nous y méprenons pas, nous ne sommes pas en présence d’un chant édulcorant, ni anesthésiant : c’est un appel à assumer pleinement nos responsabilités, nos choix de vie : « Pourtant, j’avais presque perdu pied, un rien, et je faisais un faux pas, car j’étais jaloux des parvenus, je voyais la chance des impies… » ( Ps 73/72 ). Si nous accueillons sa Parole, la présence même de Dieu est en nous et nous donne l’énergie de faire le bien, source même de bonheur : « Seigneur, Toi mon héritage et ma part à la coupe…le sort qui m’échoit est délicieux » (Ps 16/15 ). Et même si : «  …tes projets sont difficiles pour moi, que leur somme est élevée ! …Je me réveille, et me voici encore avec toi » (Ps 139/138). Car : « Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien…Près des eaux du repos il me mène, il me ranime…Même si je marche dans un ravin d’ombre et de mort, je ne crains aucun mal » (Ps 23/22).

Respecter l’environnement semble être devenu une priorité de notre XXIème siècle. L’amour de la nature passe par sa découverte et conduit à un engagement. En sommes-nous bien convaincus ? Alors, prenons le temps et observons les arbres et les rochers, les fleurs et les oiseaux : « ils nous enseigneront des choses que nous ne saurions entendre ailleurs. »5 Soulevons une pierre pour observer la vie qu’elle cache … Refaisons l’expérience de l’émerveillement… Libérons-nous d’une approche trop élaborée de Dieu et du mystère, et laissons notre cœur se gonfler d’allégresse pour chanter avec François d’Assise : « Mon Dieu, tu es grand, tu es beau, Dieu vivant, Dieu très haut, tu es le Dieu d’amour… ! 6» et avec le roi David … il y a trois mille ans 7 :

Seigneur, notre Seigneur

Que ton nom est magnifique par toute la terre !

Mieux que les cieux, elle chante ta splendeur !

(…)

Quand je vois tes cieux, œuvre de tes doigts,

la lune et les étoiles que tu as fixées,

qu’est donc l’homme pour que tu penses à lui,

l’être humain pour que tu t’en soucies ?

 

Tu en as fait presqu’un dieu :

tu le couronnes de gloire et d’éclat ;

tu le fais régner sur les œuvres de tes mains ;

tu as tout mis sous ses pieds :

tout bétail, gros ou petit,

et même les bêtes sauvages,

les oiseaux du ciel, les poissons de la mer,

tout ce qui court les sentiers des mers.

Seigneur, que ton nom est magnifique par toute la terre !

----------------------

1 Quand Israël crie vers son Dieu, Le psautier et les psaumes de la Bible, Jacques Vermeylen,  Ed Mediaspaul – coll sciences bibliques - 2014

2 Ibid. p 70

3 Ibid. p 71

4 Ibid. p 71

5 C’était une recommandation de Saint Bernard de Clervaux

6 Psaume de la création , Patrick Richard

7 Psaume 8

Archive: 
Pas archivé