Méditation

Prier pour les hommes politiques ?

Par Denis JOASSART

Comme son nom ne l’indique pas la liturgie est la prière commune d’un peuple1, d’une assemblée qui s’adresse à son dieu et exprime, symboliquement, voire même concrètement, ce qui unit tous les membres. Tous y sont concernés par la foi dans le présent et l’avenir de la communauté.

Dès lors peut-on prier pour les hommes politiques ? Depuis le fameux « Rendez à César ce qui est à César, à Dieu ce qui est à Dieu » (Mc 12, 17), on aurait pu croire que les domaines étaient résolument séparés. L’histoire des hommes, et particulièrement celle de l’Église, n’est pas sans relations souvent abjectes, pour ne pas dire davantage. Mais quoi de plus noble que l’art de gérer les affaires de la cité, la « Polis », le « vivre ensemble » de citoyens pour un destin commun ?

Face aux nombreux scandales politiques que nous connaissons aujourd’hui (Publifin, Samu social…), devant des chefs d’état peu enclins à se retirer en fin de mandat (Kabila, Nkurunziza…), des élections qui livrent les hautes responsabilités nationales à des aventuriers (Trump,… ), il ne suffit pas de se plaindre et de crier au scandale, il importe de s’insurger, de protester, de manifester par des voies multiples et non violentes, ce désir, ce droit d’une cité harmonieuse.

Même s’ « il ne suffit pas de me dire : ‘Seigneur, Seigneur !’, pour entrer dans le Royaume des cieux ; (Mt 7, 21…) mais de «  faire la volonté de mon Père qui est aux cieux » j’ose croire que la prière, « échange de parole avec Dieu comme à un ami » (Exercices Spirituels de saint Ignace n° 54) participe à tout effort d’harmonie citoyenne. Elle peut même être un puissant moteur de changement dans les relations humaines, en commençant par ceux qui la prononcent, personnellement et collectivement. Les psaumes ne manquent pour dénoncer les crimes des grands, et crier pour plus de justice en Israël. Si, à la suite de l’adage « le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument » nous sommes invités à considérer les responsables politiques aussi dans leurs fragilités, menacés par toute forme de tentation, il me semble que le devoir de tout croyant pour le bien de tous est de les porter dans nos oraisons. Dans cette immense création spirituelle invitation est faite de méditer ces trois prières que la liturgie chrétienne nous offre :

C’est dans la prière eucharistique de liturgie de saint Jean Chrysostome (IVe siècle), qu’on adresse à Dieu cette prière :

Nous t'offrons encore ce culte véritable pour ce pays

et ceux qui le gouvernent, accorde-leur de gouverner

en paix, afin que dans la tranquillité qu'ils nous assurent

nous menions une vie paisible et calme, en toute piété et humilité.

Et une prière du matin selon la même liturgie orientale appelle à rien moins que le salut qui commence aujourd’hui :

Sauve, Seigneur, et prends en pitié nos gouvernants,

fais entendre à leur cœur des conseils de paix et de bienveillance

en faveur de ta sainte Église et de tout ton peuple.

Donne-leur un gouvernement pacifique, afin que,

dans la stabilité dont ils jouissent, nous menions une

vie paisible et tranquille, en toute piété et sainteté,

dans la vraie foi.

Du coté latin l’office du vendredi saint propose encore aujourd’hui dans sa grande oraison ceci :

Dieu, notre Père, nous voici rassemblés dans le souvenir de ce jour où ton Fils fut condamné par Pilate... [silence]

Nous te prions pour les chefs d’État, pour les responsables de la politique et de l'économie, pour ceux qui détiennent les richesses de la terre et exercent une autorité ou un pouvoir. [silence]

Que ton Esprit Saint, Seigneur, les éclaire dans leurs choix et dans leurs actions. Alors, ils serviront vraiment le Bien Commun, et nous connaîtrons, ensemble, la paix, la justice, la liberté. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. AMEN.

Prière commune de toute l’Eglise, prière dans le secret du coeur pour le bien commun.

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1 du grec λειτουργία / leitourgía, de l'adjectif λειτος / leïtos, « public », dérivé de λεώς = λαός / laos, « peuple » et du nom commun ἐργον / ergon, « action, œuvre, service » la liturgie désigne donc le « travail du peuple » ce qui va contre tout cléricalisme, ou le « service du peuple », ce qui recentre la mission du clerc.

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